Rigantona, Clairière drômoise du Collège druidique des Gaules

Rigantona, Clairière drômoise du Collège druidique des Gaules

L'initiation à l'Eau

Dimanche 27 août 2017 : 

 

Nous sommes à nouveau quatre pour cette journée d'initiation au deuxième élément. Nous traversons la plaine de Clérieux pour nous rendre au bord de l'Herbasse où nous nous séparons pour vivre chacun à notre manière notre initiation, avec cette invitation proposée par le druide Pwyll à renconter les ondines argentées...

C'est le moment de nous rappeler que selon Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, auteurs de Les Fêtes celtiques, Nouvelle édition revue et corrigée, Yoran, 2015 (première édition 1995), l'eau est à la fois un symbole du Sid, un moyen de passage vers celui-ci et un moyen de retour grâce à sa fluidité qui rappelle celle du temps. Elle permet ainsi de traverser le temps pour accéder à l'éternité du présent.

 

 

Relation de nos expériences :

 

  • Druide Pwyll : Il m'a été difficile de trouver un lieu avec de l'eau courante non polluée, tranquille, où passer 2 heures tous ensemble mais chacun vivant seul et pleinement son expérience.
    Finalement, à 2 km de chez moi, nous nous glissons (toujours à quatre, mais pas tout à fait les mêmes) dans une rivière calme mais relativement abondante pour le temps de sécheresses que nous vivons.
    Pour ma part, je trouve un coin où la moitié de la rivière est calme et l'autre plus rapide, avec plus de courant.
    J'ai passé 2 heures à communiquer avec tout d'abord une ondine, belle, blonde, avec une poitrine généreuse, mais pas du tout du genre walkyrie fougueuse, plutôt une douce mère, bienveillante ,mais avec des capacités perceptibles de violence inouïe si le danger est là.
    Puis, j'ai croisé un héron cendré, qui rouspétait  parce que nous l'avions dérangé.
    J'ai eu la sensation d'être accueilli par la rivière, qui m'a entouré de sa douce tiédeur, puis au fur et à mesure du temps, j'ai été entouré par des petits poissons, puis des moyens, de plus en plus nombreux, et enfin par un banc de truites faro impressionnant par la taille de ses membres (au moins 30cm).
    J'ai même assisté à la parade de 2 carpes qui tournaient dans la partie la plus calme et la plus profonde.
    Quelle sensation de se sentir accepté par tout un peuple aquatique, qui ainsi a bien participé à mon initiation.
    J'ai regretté de les quitter. 

     

 

  • Barde Beline : J'ai immédiatement été surprise par la rivière dont le nom ne m'inspirait guère et que j'imaginais beaucoup moins généreuse, en cette fin d'août caniculaire... Non seulement, j'eus de l'eau immédiatement jusqu'aux cuisses mais mes pieds s'enfoncèrent dans une couche d'argile jusqu'aux chevilles, ce qui me fit craindre une fraction de seconde l'enfoncement dans des sables mouvants. Mon imagination m'entraînait instantanément au pied du Mont Saint Michel visité un mois auparavant. La terre et l'eau intimement mêlées...
    J'avais emmené avec moi la pierre de la connaissance druidique trouvée à la Vallée des Darots en juillet pour l'activer mais elle préféra rester avec mes affaires (déjà mouillées) posées sur un gros caillou dans l'eau. Je décidai donc de la laisser reposer tranquillement. Mon intuition me souffle alors de descendre le cours de la rivière, pour suivre le courant comme si je remontais le cours de ma vie, de ma toute petite enfance à aujourd'hui. Au premier îlot rencontré, deux magnifiques plumes de héron cendré s'offrent à moi, déposées sur les pierres comme une offrande que je reçois humblement, pleine de gratitude.
    Chaque trou d'eau, chaque spirale de courant, chaque branche flottante qui se dresse devant moi fait écho à une difficulté de ma vie et je la laisse partir avec l'eau courante. En même temps, mon regard flotte dans l'eau et observe sans le vouloir toute la vie qui se meut dans les ondes, du petit alevin transparent aux poissons adultes qui filent en banc devant mes pieds. Le soleil perce derrière les nuages et fait briller les pierres de la rivière comme la peau d'un serpent géant. Plus je descends le cours de ma vie et plus l'envie de m'immerger monte en moi ; je repère des trous d'eau plus profonds qui se prêteraient volontiers à ce bain initiatique.
     Partout où se posent mes regards, il me paraît évident que la rivière est ce lieu intermédiaire entre la terre et l'eau, peuplée d'animaux qui évoluent parfaitement dans les deux milieux, faisant de cet espace un endroit privilégié d'accès à l'Autre Monde...
    Alors que je me demande quand finira ma descente, j'aperçois sur la rive un homme endormi dans un hamac et trois chiens qui semblent monter la garde. c'est pour moi le signe de la remontée. Un des chiens, qui a les yeux bleus d'un huski et un collier sur lequel est inscrit "Sotchi" m'escortera tout au long de mon voyage du saumon, me précédant de peu et m'attendant dès que je m'attarde à regarder les mouvements de l'eau et les immobilités de la pierre. D'ailleurs, à peine ai-je entamé ma remontée aux sources que sur la berge, une pierre aimante mon regard et m'oblige à la cueillir : c'est un oeuf parfait, au poids impeccable dans ma main.
     La Pierre de l'eau. Si je la roule sur mes chakras de haut en bas, me dit-elle,  elle ôte toutes les émotions négatives et équilibrent les émotions positives et si je la tiens dans  ma main, elle me révèle les secrets de l'eau...
    J'ai trouvé le lieu idéal pour renaitre de l'eau : des pierres en plateforme sur lesquelles je m'assieds, de l'eau jusqu'à la taille, les pieds dans l'eau sans toucher terre. Il me faut être nue pour m'immerger totalement. Je demande intérieurement à être protégée de tous les regards et m'enfonce dans l'eau froide car ma baignoire est à l'ombre. Je suffoque de froid mais je plonge quand même la tête sous l'eau glauque. C'est tellement froid que j'en ressors presqu'immédiatement dans un jaillissement brutal qui me connecte à la souffrance initiale. Peut-être la naissance doit-elle obligatoirement nous faire traverser ce voile épais de la douleur physique pour nous permettre d'accepter l'incarnation ? Quoiqu'il en soit, l'eau fraîche est diablement agréable sur le reste de mon corps et la caresse fluide me fait oublier l'encombrement et la pesanteur terrestres.
    J'aime l'eau de toute mon âme et j'aime l'âme de toute mon eau. Je suis neuve et brille comme une pierre polie. Je suis jeune de ma peau lavée par la Source, je suis pure de mon âme lustrée par l'Onde créatrice.  Je sens la Vie qui va et vient comme le vent sur la rivière.  
    Merci à l'Eau et aux créatures qui la gouvernent et l'animent. Merci à la Source et Merci à l'Onde.

 

 

  • Ovate Ceridwenn :  J'ai vécu l'initiation à l'eau les pieds dans l'eau, la vase, les cailloux, les végétaux qui s'accrochaient entre mes orteils avec une pointe d'inquiétude quant à mes capacités à ne pas tomber. Mes pas m'ont d'abord conduite à descendre dans le sens du courant comme s'il était nécessaire que ce courant emporte les émotions inutiles, lave les plaies, enlève les choses encombrantes pour les emporter jusqu'à l'eau salée de la mer. Le courant de la rivière m'a poussée à vagabonder d'une rive à l'autre avec l'eau qui courait devant moi pour m'emmener loin, très loin, toujours plus loin. Le temps n'existait plus bien que je savais que cette expérience était limitée et que je devais remonter à la source.
    Alors je suis remontée, bien que je serais restée volontiers à côtoyer les ondines et autres nymphes jusqu'à ce qu'elles se manifestent à moi. Je suis revenue sur mes pas à contre-courant. Ce retour à la source m'a demandé des efforts car la force de l'eau me poussait en arrière mais ma volonté, ma conscience me faisaient tenir debout. J'ai pris conscience de la force qu'il me fallait déployer pour avancer, pour choisir le chemin le plus adéquat pour ne pas tomber, pour ne pas me laisser absorber par la force d'attraction que l'eau exerçait sur moi... D'ailleurs, je suis tombée une fois tellement cette force d'attraction me faisait tituber....
    J'ai pris plaisir à contempler avec émerveillement le grouillement de la Vie ; le murmure de l'eau, les poissons qui nageaient, le héron ou la buse qui s'envolaient, les bulles d'écume et les signes que formaient les ondes... Je me suis immergée dans l'eau par deux fois ; une première fois, lors de ma descente, pour me nettoyer symboliquement de tout ce que je portais et la deuxième fois, lors de ma remontée, pour me purifier dans l'eau lustrale de la Source. Lors de ce deuxième bain, j'étais nue et j'ai mis la tête sous l'eau par trois fois alors que j'ai toujours peur de l'eau et que je ne sais pas nager. Cette immersion de la tête sous l'eau était comme pour conjurer mes peurs et me faire (re)naître plus forte. Merci à la Source de couler en moi, sur moi et autour de moi !


 

 

  • Mabinog Sodalite38 : 

    EAU limpide ? Pas si limpide !

    Que caches-tu en tes profondeurs ?

    Pour que tu réveilles si vivement mes anciennes peurs ?

    EAU puissante, qui es-tu pour bousculer ainsi mes appuis dans cette vie ?

    Le dragon d’eau est venu un instant apaiser mes angoisses…

    Il me laisse en équilibre au bord du trou d’eau.

    La vase m’enlise, je glisse, le froid me saisit, peur panique !!!

    Me ressaisir et gagner la rive, larguer les amarres sur le rocher et

    Laisser doucement mon cœur se calmer.

    Temps infini où les pensées se bousculent, temps infini où la peur peu à peu recule.

    EAU vivante, EAU scintillante, tu m’as parlé de ton langage codé.

    Je suis allée à ta rencontre et tu m’as accueillie…

    Avec fougue, avec sagesse, avec honneur

    Donne-moi encore du temps

    Du temps pour t’apprivoiser, du temps pour me libérer

    Du temps pour simplement t’aimer !

     

 

 

Dimanche 5 novembre 2017 :

 

Beline et Ceridwen se rendent  à la clairière pour célébrer Samonios et entendre la décision du Druide sur l'avenir de Rigantona.

 

Un héron mort sur la portion gratuite de l'autoroute, juste à l'embranchement de la sortie vers Valence, un héron qui venait certainement d'être heurté tant sa posture évoquait encore le choc, un héron aux ailes fauchées, ce héron aurait du les alerter. 

Des questions fusent mais encore sans réponse. 

Et pourtant ! Comment avons-nous pu oublier si vite le héron initiatique de l'eau ?

 

La pluie la pluie la pluie, après des mois de sécheresse.

A la sortie de Saint-Nazaire-en-Royans, au sortir d'un virage, une fraction de seconde hors du temps, hors de la conscience : et c'est le choc contre le mur de béton.

 

L'Esprit de l'Eau nous rappelle sans cesse notre nécessaire humilité face aux éléments et la gratitude infinie envers nos Gardiens...

A la fois "initiées et bénies du ciel" dira Ceridwen...

 

NB Saint-Nazaire-en-Royans est réputé pour son aqueduc et se situe au confluent de la Bourne (de *borna, cavité puis source) et de l'Isère.

 

Aqueduc de Saint-Nazaire selon le site de la mairie : 

 

"Pour le jeune Nazairois d’autrefois, sa présence obsédante au-dessus de sa tête était comme un défi permanent.

C’était son Everest à lui qu’il se devait de gravir un jour. Ses aînés lui racontaient  cette traversée héroïque, d’autant plus attirante qu’elle était interdite, et leur récit devenait, à ses yeux, une véritable épopée. Il rêvait de les imiter et d’entreprendre à son tour « le Grand Passage ».

Enfin, arrivait le jour tant attendu où, en compagnie de 2 ou 3 camarades de son âge et souvent d’un « ancien », il se lançait dans la grande aventure. Devant lui se présentait, à la fois tentateur et effrayant, l’étroit trottoir aux pierres inégales, avec, d’un côté, le canal roulant ses flots impétueux et de l’autre, le précipice. Pour seule protection, plus symbolique que réelle, une barrière branlante aux minces barreaux espacés. Nos jeunes garçons s’aventuraient d’un pas hésitant sur la chaussée cahoteuse, le cœur battant, les yeux fixés droit devant eux, agrippés à la main courante, partagés entre l’exaltation et la crainte. Puis, s’enhardissant peu à peu, ils avançaient d’un pas plus assuré et ils pouvaient, furtivement, porter leur regard vers le lointain.

Lorsqu’ils arrivaient au « point sublime » où l’aqueduc domine la rivière, où le précipice atteint sa plus grande hauteur, l’émotion s’élevait à son paroxysme. Certains évitaient de regarder le gouffre à leurs pieds; les plus hardis avec un délicieux frisson, laissaient leur regard plonger dans l’abîme. C’était pour tous, un moment inoubliable où chacun de nos aventuriers, par sa victoire sur l’aqueduc, en avait en quelque sorte pris possession; il était devenu « son » aqueduc. La fin du parcours n’était plus qu’un long bonheur, une profonde jubilation, où se mêlaient soulagement et fierté d’avoir surmonté cette épreuve initiatique."

 

 

 

 

 

15 novembre : nous retournons à Saint-Laurent-en-Royans pour une dernière visite à l'épave abandonnée : un magnifique Héron  s'envole à notre approche... et le soleil brille.

 



03/09/2017
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