Rigantona, Clairière drômoise du Collège druidique des Gaules

Rigantona, Clairière drômoise du Collège druidique des Gaules

Conte d'automne

« Au temps du rêve bleu où l'homme créait encore sa réalité en accord avec les vœux des ancêtres, en lien avec la lumière de la Source...

 

Certains comptaient les jours à partir des nuits car c'est dans le noir le plus profond que jaillit la vie la plus féconde, dans la pupille la plus sombre que l'éclat de l'âme est le plus pur. L'équilibre des quatre saisons était parfaitement respecté par la nature. Hiver concentrait les énergies créatrices dans le cœur de la terre où elles mûrissaient lentement pour émerger au Printemps, d'abord timidement puis de plus en plus vigoureusement pour parvenir en Été à l'apogée de leur réalisation faisant exploser des fruits de toutes sortes et encore quelques fleurs tardives. Enfin Automne pointait du nez, tendant ses paniers d'osier pleins à ras bord de toutes les récoltes odorantes.

 

Jour et nuit quant à eux se succédaient harmonieusement grâce au miracle de l'amour. Une splendide fée brune chevauchait une jument couleur d'obsidienne, accompagnée par un vigoureux elfe blond qui montait un cheval blanc aux reflets de nacre, chacun tirant derrière lui les voiles de la nuit et du jour. Tout était réglé de façon à ce que ces deux-là puissent s'aimer tendrement et paisiblement tout en accomplissant leur mission quotidienne. Lune et Soleil alternaient dans une danse plus ou moins rapprochée qui ressemblait aux ébats éblouis d'abîme que partageaient les deux amants merveilleux.

 

Malheureusement le temps du rêve bleu s’éteignit progressivement, les hommes choisissant de s'éloigner tout autant de leur mémoire ancestrale que de la sagesse initiale de ce qui les avait créé. Même les fées et les elfes devinrent si opaques aux humains qu'ils furent désormais invisibles à leurs yeux aveuglés par la solidité concrète des énergies cristallisées autour d'eux.

 

Ce regard vide contamina si fortement l'univers terrestre que la discorde apparut même au sein du petit Peuple, tiraillé entre l'amour qu'ils avaient toujours éprouvé pour leurs frères humains et le désir de les punir de leur stupidité. La fée et l'elfe blond n'échappèrent pas à l'atmosphère belliqueuse qui remplit les vallées et les montagnes. Même les forêts bruissaient de mille menaces sournoises.

 

Le cours des choses s'inversa dans de nombreux domaines et nuit et jour ne purent y échapper. La fée, qui n'avait su s'accorder sur la musique silencieuse de l'elfe en fut séparée. Elle dut chevaucher autour de la Terre das le sens inverse de son compagnon, chacun tirant toujours derrière lui, qui les voiles de la nuit, qui les voiles du jour, qui s'allongeaient ou rétrécissaient au gré de leur éloignement. Et c'est depuis cette époque troublée que, pour que le Jour et le Nuit se lèvent tour à tour sans encombre, il fallut accepter que nos parts d'ombre et de lumière s'ignorent l'une l'autre.

 

Pourtant, en souvenir de l'harmonie passée, nostalgie fondatrice, il existe deux moments privilégiés dans l'année, deux moments sacrés qui accordent à la nuit et au jour une égalité parfaite : ce sont les équinoxes de printemps et d'automne que les humains fêtent encore, signe que leur mémoire n'est pas totalement éteinte...

 

  • N'importe quoi ! Relis ton Gaffiot : equi ne vient pas de equus mais de aequus ! »

     

 

Septembre 2016, Barde Beline

paru dans Ar Gaël n°

 



09/09/2017
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